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Jean Vincent 
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Le moteur a air comprimé, une alternative à l'essence?

J'écris ce billet suite à un commentaire de mon ami de bientôt 30 ans, Frédo à propos d'un projet de voiture et infrastructure de transport électrique.

Voici une petite introduction en vidéo sur le sujet, France2 du 3 janvier dernier présentant les véhicules à air comprimé de la société MDI:
 

Et une interview de son fondateur-inventeur Guy Nègre:


Guy Nègre concepteur de la voiture à air comprimé
by technosmedias

Le moteur à air-comprimé a été en effet utilisé depuis environ deux cent ans et constitue une des pistes pour les véhicules zéro-émissions. Plusieurs nouveaux constructeurs dans le monde proposent ainsi une propulsion utilisant l'air-comprimé comme méthode de stockage de l'énergie.

Ils ont en commun avec la propulsion électrique une plus faible autonomie et en commun avec l'hydrogène / pile à combustible, la nécessité de stockage dans des réservoirs à très haute pression qui sont soit lourd soit coûteux (fibre de carbone par exemple).

Le site de MDI indique une autonomie de 100 km en zéro-émissions pour le petit modèle OneCATs et jusqu'à 200 km pour le modèle CityCATs.

Ce qui est peut-être intéressant dans le moteur conçu par Guy Nègre, au vu des chiffres des deux liens précédent, serait peut-être un mode de combustion en mode hybride à plus haut rendement (que les moteurs à combustion interne ), et donc moins polluant pour la circulation sur les longs parcours. Ils citent des consommations de 1,5 à 2,2 litres, sans préciser si ce sont des litres au 100 km ou sur une autre distance. Cette imprécision du constructeur mériterait une petite correction (je leur enverrais un email pour leur permettre de réagir dès que j'aurais publié cet article).

Dans le mode hybride, les gaz comprimés sont chauffés avant d'entrer dans le moteur, il s'en suit une augmentation de la pression et donc de la puissance disponible dans le moteur à air-comprimé. L'autonomie peut ainsi être augmentée d'autant plus que l'on chauffe ces gaz. De plus la combustion peut facilement s'accommoder de carburants divers car elle ne souffre pas des contraintes propres aux moteurs à explosion permettant donc une utilisation facile de biocarburants. Contrairement aux moteurs à explosion, l'élévation de température n'est pas (ou moins) perdue car elle est utilisée directement dans le moteur qui au moment de la détente refroidi l'air (voir plus loin sur ce point).

Les consommations et autonomie indiquées en mode hybride semblent cependant correspondre à l'addition de l'énergie produite par les gaz brûlés plus l'énergie de l'air comprimé. Une simplification qui ne permet pas vraiment de comparer le rendement de ces véhicules par rapport à celui des autres moteurs à combustion interne.

Des économies réelles proviennent certainement du coût de l'air comprimé à la maison qui n'est pas surtaxé comme le sont les produits pétroliers disponibles à la pompe.

Un problème des moteurs à air comprimé est que lors de la compression de l'air, un échauffement important se produit. L'énergie de cet échauffement qui ne peut pas être stockée très facilement se perd dans le compresseur et, en peu de temps, dans les bouteilles d'air comprimé. A l'utilisation, la détente du gaz produit de façon symétrique un abaissement de la température d'autant plus important que la détente est rapide, et donc la puissance utilisée est importante. Il en résulte une baisse de la pression utilisable pour la motricité. C'est d'ailleurs cette propriété de la compression et de la détente des gaz qui est utilisée dans les réfrigérateurs, pompes à chaleurs et climatiseurs pour déplacer des calories d'un fluide à un autre.

Il résulte de ces transformations thermodynamiques un rendement global réduit dans la chaîne totale de l'électricité à la production d'énergie mécanique.

Pour remédier à ce problème il faut soit rendre la compression et la détente adiabatiques (sans changement de température) impliquant des temps de compression et de détente très important et une baisse de la puissance utile; soit recourir à des échangeurs de chaleur pour stocker l'élévation de température dans des réservoirs thermiquement isolés probablement sous vide comme un dans thermos. Lors de l'utilisation, il faudrait réchauffer les gaz détendus pour diminuer la perte de puissance à l'aide d'un radiateur. Les radiateurs (qui sont des échangeurs de chaleur) seront donc toujours nécessaires avec ce type de moteur si l'on veut atteindre des rendements élevés et une autonomie plus importante.

A leur avantage, on pourrait utiliser le refroidissement de la détente des gaz pour climatiser la voiture avec un haut rendement car ne nécessitant pas de transformation thermodynamique supplémentaire. La chaleur de l'habitacle pourrait alors devenir une source d'augmentation de puissance et donc d'autonomie supplémentaire représentant une forme de captage de l'énergie solaire thermique pendant les mois d'été ou dans les pays chauds. Y-ont-il pensé? Je n'ai rien trouvé sur leur site ou ailleurs concernant ce point bien que je n'ai probablement pas assez cherché.

Par contraste, le rendement de stockage de l'énergie électrique dans des batteries au Li-ion est de plus de 90% (pas d'échauffement si on ne surcharge pas la batterie). Ensuite le rendement effectif d'un moteur électrique est de l'ordre de 90% alors qu'un moteur à air comprimé aura du mal à faire mieux que son rendement théorique maximal qui est probablement similaire à celui des éoliennes soit 59,3% ainsi que défini par la limite de Betz.

D'après les vidéos, il semblerait aussi que le niveau de bruit du moteur à air comprimé soit assez élevé (je n'ai pas trouvé les chiffres cependant). Espérons que le constructeur pourra remédier à cet inconvénient par une meilleure isolation acoustique.

La voiture électrique est loin d'avoir dit son dernier mot contrairement à ce que laisse penser la vidéo qui parle d'échec passé sans citer les projets en cours et les investissements très important comme dans Project Better Place par exemple, la Blue Car ou la voiture de sport électrique de Tesla motors. La voiture à air-comprimé rencontre les mêmes obstacles en terme d'infrastructure que la voiture électrique. Mais chose intéressante les deux pourraient cohabiter et s'entraider car la voiture à air-comprimé pourrait être rechargée sur les mêmes prises électriques, dans les parkings, que la voiture électrique ou les voitures Plug-In hybrides.

Un peu plus de clarté de la part des constructeurs de moteurs à air comprimé sur les rendements serait donc bénéfique à une meilleur comparaison avec les autres alternatives non polluantes comme par exemple la Blue Car et Project Better Place.

MDI, qui travaille sur le moteur à air comprimé depuis environ dix ans, a récemment signé un accord de partenariat avec Tata Motors filiale du géant Indien Tata. Espérons que cette reconnaissance sera suivit de développements importants.

Concernant MDI, ils proposent en même temps un nouveau business model de constructeur avec de petites unités de production à proximité des points d'achats . Il s'agit là d'une autre innovation qui n'a rien a voir avec le procédé de propulsion à air comprimé mais qui me semble intéressante, à suivre ....

Pour plus d'informations et l'historique des moteurs à air comprimé consulter:
Véhicule à air comprimé
Moteur à air comprimé
Limite de Betz
MDI
Tata Motors

Voir aussi quelques projets de voitures électriques:
Blue Car
Tesla motors: la voiture de sport électrique avec un châssis fabriqué par Lotus Cars.

Et pour nos lecteurs anglophones:
Compressed-air car
Compressed-air vehicle
Compressed-air engine
Project Better Place
Plug-In hybrides
Tesla Motors

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Comments (8)

Jul 16, 2008
Frédo said...

La question du rendement a t'elle du sens alors que le
coût du carburant est nul, dans le cas de la voiture 100% air comprimé, pas dans le cas de la voiture hybride, c'est vrai?

Tu as raison néanmoins de dire que l'énergie non utilisée pourrait l'être pour, par exemple climatiser l'habitacle. Je pense que toutes les possibilités de cette voiture ne sont pas encore exploitée, dans la mesure où l'homologation reste en supens.

Je pense que l'avenir, s'il existe, se fera dans la diversité des moyens, en fonction des singularités des modes de vie. Tant que l'on raisonnera en terme de "tout" : "tout pétrole, tout nucléaire, tout agrocarburant, tout air comprimé...", on sera dans une impasse.

Il y a un changement de paradigme à fournir qui est un véritable défi intellectuel et éthique...

L'autre question concerne le reciclage des batteries de la voiture électrique. Qu'en est il en terme environnemental ?

Jul 16, 2008
Jean Vincent said...

Frédo,

> La question du rendement a t'elle du sens alors que
> le coût du carburant est nul, dans le cas de la voiture
> 100% air comprimé, pas dans le cas de la voiture
> hybride, c'est vrai?

La question du rendement global est importante car elle permet de comparer les différentes technologies.

A court terme c'est important car l'électricité est produite de façon majoritairement non-renouvelable dans le monde et avec le nucléaire en France, posant d'autres problèmes environnementaux.

A long terme, le rendement ne peut pas non plus être ignoré. Si l'on veut faire du développement durable, on doit désormais prendre en considération tous les aspects, et la frugalité sera toujours d'actualité pour permettre une croissance durable.

Dans le mode hybride, vu que l'on brule des gaz polluants (sauf si on brulait de l'hydrogène) potentiellement cancérigènes, il est impératif de comparer le rendement de ce mode avec le moteur à combustion interne actuel.

> Je pense que toutes les possibilités de cette voiture
> ne sont pas encore exploitée, dans la mesure où
> l'homologation reste en suspens.
L'homologation suit son court normalement d'après Guy Nègre (deuxième lien vidéo) et la voiture devrait être commercialisée en 2009.

> Je pense que l'avenir, s'il existe, se fera dans la
> diversité des moyens, en fonction des singularités
> des modes de vie. Tant que l'on raisonnera en
> terme de "tout" : "tout pétrole, tout nucléaire, tout
> agrocarburant, tout air comprimé...", on sera dans
> une impasse.

Tout a fait d'accord, on parle de mix des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, hydraulique, ...) et pourquoi avoir aussi un mix des mode d'utilisations. D'ailleurs comme je le notais dans mon ticket, la voiture électrique et à air comprimé peuvent partager les mêmes infrastructures publiques de rechargement.

> L'autre question concerne le recyclage des batteries
> de la voiture électrique. Qu'en est-il en terme
> environnemental ?
Actuellement les batteries au Lithium sont recyclées à 100% dans les pays développés. C'est indispensable parce que le Lithium est en quantité limitée sur terre et est très couteux.

La voiture électrique se déclinera elle aussi à terme en de multiples variantes. Avec des batteries de technologies différentes (lithium, zinc, silicium, cadmium, etc.) et avec les piles à combustible alimentées soit par de l'hydrogène soit par un gaz plus dense comme le méthane (dont la combustion est non polluante pour la santé), produits de façon renouvelable bien sûr.

Aug 21, 2009
Zeuf said...
Salut Jean Vincent,
Il y a plusieurs mois j'ai également contacter MDI par courriel... Aucune réponse.

La communication de cette société est curieusement floue... C'est dommage.

Sep 11, 2009
Munier André said...
En attendant le miracle ,je pense que la voiture hybride est une bonne solution d'attente.Par contre les deux grandes hybrides japonaises sur le marché sont trop compliquées ,donc couteuses :on a plaqué sur une voiture classique avec moteur ,embrayage ,boite de vitesse ,différentiel ,deux moteurs électriques et une batterie classique.
Je pense qu'il y aurait un avenir pour une véritable hybride avec un moteur ,un gros générateur et une batterie lithium-ion donnant sur 4 moteurs aux 4 roues.Ce qui en ferait d'office un 4/4 pour les routes glissantes.
Le principe serait de limiter à 140 la vitesse maxi de croisière,ce qui permettrait de limiter la puissance du moteur aux environs de 3CV ,la puissance nécessaire pour entretenir la vitesse maxi sur plat,la batterie fournissant le surplus pour l'accélération et la montée des côtes.
On calibrerait la batterie pour une autonomie de 25 à 30 km en circuit urbain à moins de 50 km heure.
L'intérêt serait que le citoyen moyen (à l'exclusion des pros artisans ,représentants ,livreurs etc) fait en général ce kilométrage par jour pour se rendre à son travail ou faire ses courses.Ce type de véhicule aurait une pollution zéro en ville.Et c'est seulement sur route que le moteur thermique s'enclancherait.Ou pour recharger la batterie en cas de dépassement de sa capacité.Les déplacements en ville seraient assurés par une prise de courant au garage ou des bornes payantes de parking.D'ou une forte diminution de la pollution en ville et de la consommation globale du pays.
Autre intérêt du système :En fonction de la demande de puissance,on peut régler le couple par le courant inducteur du générateur de manière à toujours faire fonctionner le moteur à son optimum de rendement .on pourrait alors envisager des consommations de 3 litres aux cent sur route et zéro en ville .
Sep 22, 2009
Jean Vincent said...
@Zeuf, MDI ne m'a jamais répondu non plus. Cela en dit long sur l'efficacité et le potentiel de ce procédé.
Sep 22, 2009
Jean Vincent said...
@Munier André,

Les hybrides resteront chères car deux moteurs seront toujours plus chers qu'un seul.

Concernant le moteur dans les roues, voir ces vidéos:
http://www.youtube.com/watch?v=kmJTsHcZMFQ&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=zPSoNfmuBXc

Pour moi la voiture électrique idéale est la suivante:
1- Autonomie minimale, on choisi la capacité énergétique du pack de batteries à la commande en fonction de ses besoins journaliers. Cela évite de transporter et de payer des batteries dont on a pas besoin et qui s'usent même si on ne s'en sert pas.

2- Pour les longs trajets, possibilité de louer des batteries supplémentaires que l'on rend après. La capacité du pack maximum doit pouvoir donner une autonomie de 1000 Km sur autoroute. Le coût reste raisonnable car ces locations restent rares. Ces batteries sont louées au kilowatt heure utilisé ainsi que mesuré directement sur chaque module de batterie.

3- Des cellules photovoltaïques optionnelles sont intégrées au toit et le capot avant permettent de recharger la batterie lorsque la voiture est en stationnement.

Cela permet de produire une voiture électrique a la fois économique (à un prix similaire à une voiture diesel) et ayant une grande autonomie.

Sep 22, 2009
zeuf said...
Salut Jean Vincent,
Merci pour ta réponse. Apparemment le service Communication MDI se réorganise... Cependant ils auraient fait des derniers tests avec leur Airpod...
Cependant c'est un tricycle, vraiment moche (dont l'utilité est discutable par ailleurs) et loin d'une voiture de tous les jours... A mons avis rien n'est vraiment prêt de leur côté, en tout cas dans l'immédiat.
Par contre la dernière Tesla Model S est monstrueusement magnifique : design super réussi, autonomie de plus de 480 kms, vitesse de pointe de plus de 190 kms, rechargeable en 45 min., 5 à 7 places, installation en Europe, prix de 45 000 euros (http://www.teslamotors.com/models/index.php). Il faut juste que Tesla tienne ses promesses et jusqu'à maintenant, ce n'est pas vraiment le cas (d'ailleurs il est précisé dans le contrat de pré-commande que si la société fait faillite, les 4000 € de pré-commande seront perdus... Rassurant, non ?).

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